The Three-City Study

   
      L’alimentation diminue ou aggrave-t-elle les risques de démence et/ou de maladies vasculaires ? Dans l’étude 3C, tous les participants ont été interrogés sur leurs habitudes alimentaires à travers diverses questions : consommaient-ils différentes catégories d’aliments (céréales et pain, fruits, légumes, viande, laitages, etc.) et si oui à quelle fréquence ? Quels corps gras (huile, beurre margarine) utilisaient-il pour la cuisine ? Buvaient-ils régulièrement du thé, du café et des boissons alcoolisées (vin, bière, etc.) ? Leurs réponses ont ensuite été mises en relation avec leur état de santé afin d’identifier d’éventuels effets positifs ou négatifs de ces aliments sur la santé. A Bordeaux, les habitudes alimentaires de plusieurs centaines de participants ont été évaluées plus en détail que dans les deux autres centres : ils ont recueilli l’intégralité de leurs consommations alimentaires sur une semaine et chacun a fait l’objet d’un entretien avec une diététicienne.

 

Les habitudes alimentaires : qui mange quoi ?

 

      Préalablement, afin de faciliter la recherche de liens entre alimentation et santé, les chercheurs de l’étude 3C ont examiné s’il existait des profils sociaux types pour les préférences alimentaires. Autrement dit si des caractéristiques telles que le sexe, l’âge ou le niveau d’études et de revenus des participants influençaient le contenu de leur  assiette. La réponse est affirmative. Dans l’ensemble, les femmes consomment plus de fruits et de légumes et – fait connu -  moins de boissons alcoolisées que les hommes. Les personnes les plus âgées, ou celles qui vivent seules, ont une consommation alimentaire globalement plus faible que les plus jeunes et que celles qui vivent en couple. Autre particularité des aînés : ils mangent peu de protéines animales (viande ou poisson). Dernière observation, les habitudes alimentaires varient avec le niveau d’études : plus longue a été la durée des études, plus la consommation de fruits, légumes, poisson est importante.

 

      Pourquoi les caractéristiques démographiques et sociales influencent-elles le contenu de l’assiette ? Les différences relevées peuvent avoir de multiples interprétations qui mettent en jeu l’attention aux recommandations concernant la santé (plus grande chez les femmes et les personnes ayant fait des études secondaires ou supérieures),  les revenus (les fruits et légumes, les poissons sont souvent chers) ou le manque de motivation pour diversifier sa nourriture (personnes très âgées ou vivant seules).

 

Manger du poisson pour réduire le risque vasculaire ?

     
      Selon  diverses enquêtes épidémiologiques, le poisson serait un aliment bénéfique pour la santé : à une consommation élevée de poisson est souvent associée une diminution de la fréquence des maladies vasculaires. Sur la question de l’éventuel effet bénéfique de la consommation de poisson, les résultats de l’étude 3C sont mitigés. À l’entrée dans l’étude, les personnes qui consommaient du poisson au moins une fois par semaine se sont déclarées plus souvent en bonne santé que les autres, avaient moins de symptômes dépressifs, avaient de meilleurs résultats aux tests cognitifs et étaient moins souvent en ‘surpoids’. En revanche, elles étaient plus souvent hypertendues et déclaraient plus souvent un antécédent de maladie vasculaire.

 

      L’étude 3C n’a donc pas constaté d’effet bénéfique vis-à-vis des maladies vasculaires. Contredit-elle pour autant les autres enquêtes épidémiologiques ? Non. Car il est possible que ce résultat, obtenu par l’analyse des données recueillies à l’entrée dans l’étude 3C, s’explique par le fait que les personnes ayant une pathologie vasculaire ont, d’elles-mêmes ou sur les conseils de leurs médecins, modifié leurs habitudes alimentaires et diminué leur consommation de viande au profit du poisson.  Autrement dit, ces personnes, fraîchement converties au poisson, n’en auraient pas consommé suffisamment longtemps pour en tirer un bénéfice sur leur santé.

 

      C’est justement pour éviter de telles difficultés d’interprétation que les chercheurs entreprennent des études au long cours, comme l’étude 3C. Seul ce type d’étude permet de connaître les habitudes alimentaires (ou d’autres caractéristiques) des personnes avant qu’elles soient malades et de comprendre leur lien avec les maladies qui surviennent au cours du suivi.

 

Existe-t-il des aliments dont la consommation pourrait retarder l’apparition de démence ?

 

      A cette question, l’étude 3C fournit quelques pistes. Les personnes qui, au début de l’étude (1999 – 2001), avaient une consommation riche en fruits, légumes et acides gras oméga 3, ont été moins atteintes de démence au cours des années suivantes, le risque de démence diminuant de 30% à 40%. L’étude 3C vient donc renforcer une des pistes de prévention de la démence.

 

      Néanmoins, la seule et irréfutable façon de démontrer l’efficacité des acides gras oméga 3 dans la prévention de la démence est de réaliser des essais thérapeutiques contrôlés. De tels essais sont actuellement menés par des équipes de chercheurs dans plusieurs pays du monde, en particulier en France. Leur principe est de constituer, par tirage au sort, deux groupes de sujets. Un groupe reçoit des acides gras oméga 3 et l’autre groupe un placebo, c'est-à-dire une substance sans action biologique. Ces essais sont conduits ‘à l’aveugle’ : les personnes qui y participent (comme leurs médecins) ignorent si elles prennent des oméga 3 (ou tout autre substance dont on voudrait tester l’efficacité) ou un placebo. Ce n’est qu’à la fin de ces essais que l’on saura si la fréquence de la démence est réellement plus faible dans le groupe des personnes prenant des acides gras oméga 3.

 

Le régime méditerranéen diminue-t-il le risque de démence ?

 

      Le régime dit méditerranéen est principalement caractérisé par une forte consommation de fruits, de légumes et de céréales (sous toutes leurs formes), une faible consommation de viande et de produits laitiers (fromage, etc.), et l’utilisation préférentielle d’huile d’olive pour l’assaisonnement et la cuisson des aliments. Le poisson y est la principale source de protéines animales. De fait, on retrouve  réunies dans le régime méditerranéen des aliments qui viennent d’être évoqués : fruits, légumes, poisson.  Diverses études suggèrent que les maladies vasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral) sont moins fréquentes chez les personnes qui ont un régime de type méditerranéen. Si l’hypothèse sur laquelle repose l’étude 3C est avérée, c’est-à-dire que la réduction du risque vasculaire peut prévenir la démence, alors il se pourrait que le régime méditerranéen contribue à préserver de la démence.

 

      Seuls les participants de Bordeaux ont été suffisamment questionnés sur leur alimentation pour savoir s’ils avaient ou non un régime de type méditerranéen. Chez les personnes qui avaient un régime méditerranéen typique – qui représentaient 25% des 1400 personnes interrogées - le risque de démence n’était pas significativement diminué.  Mais on ne peut tirer de conclusions définitives de ce travail, en raison notamment du faible nombre de cas de démence sur lequel il porte. Comme d’autres analyses des données de 3C, celle-ci pourra être reprise au terme d’un suivi plus prolongé.  Un résultat encourageant est que, au cours des cinq années de suivi sur lesquelles a porté la première analyse  de 3C sur le régime méditerranéen, la baisse des fonctions cognitives a été significativement plus faible chez les personnes ayant un régime méditerranéen, au moins pour certains des tests cognitifs utilisés dans 3C.

 

Quid sur le thé, le café et l’alcool dans 3C?

 

      On prête au thé différentes vertus, notamment grâce à sa richesse en antioxydants. Les antioxydants sont des substances qui captent des ‘toxines’, appelées radicaux libres, jouant un rôle dans les processus de vieillissement et dans le développement de l’athérosclérose. Dans l’étude 3C, les chercheurs ont analysé la relation entre la consommation de thé et l’état des carotides, les artères d’où partent les vaisseaux qui irriguent le cerveau. Le résultat a été positif : les personnes buvant beaucoup de thé ont révélé, à l’échographie, moins de lésions carotidiennes (parois artérielles moins épaissies, moins de dépôts graisseux). Mais les différences ne sont pas considérables : 44% des femmes qui ne boivent pas de thé ont des plaques carotidiennes, alors que 33% seulement de celles buvant au moins 3 tasses par jour en ont.

 

      Le café aussi contient des substances biologiquement actives, en particulier psychostimulantes. L’étude 3C ne suggère aucun lien entre la consommation journalière  (nombre de tasses)  et le risque de démence. Seul un possible effet, relativement modeste, sur le déclin cognitif a été mis en évidence, mais uniquement chez les femmes.

 

      En ce qui concerne l’alcool, l’étude 3C n’a montré aucune association, ni positive, ni négative, entre sa consommation et l’apparition de lésions des carotides. Si les effets négatifs de l’alcool sur la santé sont solidement établis, en particulier en tant que facteurs de risque majeurs de certains cancers, les relations entre la consommation d’alcool et les maladies vasculaires sont régulièrement l’objet de controverses. L’absence d’effet au niveau des vaisseaux sanguins  irriguant le cerveau mis en évidence par l’étude 3C est un élément supplémentaire à verser au dossier.

 

 

Les résultats résumés dans ce paragraphe ont été décrits en détail dans les publications suivantes :

. Larrieu S, Letenneur L, Berr C, Dartigues JF, Ritchie K, Alpérovitch A, Tavernier B, Barberger-Gateau P. Sociodemographic differences in dietary habits in a population-based sample of elderly subjects in the 3C Study. Journal of  Nutrition, Health, and Aging 2004; 8:497-502.

. Zureik M, Gariépy J, Courbon D, Dartigues JF, Ritchie K, Tzourio C,
Alpérovitch A, Simon A, Ducimetière P. Alcohol consumption and large artery structure in older French adults. The Three-City Study. Stroke 2004; 35:2770-2775.

. Barberger-Gateau P, Jutand MA, Letenneur L, Larrieu S, Berr C, Tavernier B and the Three-City Study Investigators. Correlates of regular fish consumption in French elderly community dwellers: data from the Three-City study. European Journal of Clinical Nutrition 2005; 59:817-825

. Barberger-Gateau P, Raffaitin C, Letenneur L, Berr C, Tzourio C, Dartigues JF, Alpérovitch A. Dietary patterns and risk of dementia: the Three-City cohort study. Neurology 2007; 69:1921-1930.

. Ritchie K, Carrière I, Portet F, de Mendoca A, Dartigues JF, Rouaud 0, Barberger-Gateau P, Ancelin, ML. The neuroprotective effect of caffeine: a prospective population study (The Three City Study). Neurology 2007; 69:536-545.

. Debette S, Courbon D, Leone N, Gariépy J, Tzourio C, Dartigues JF, Barberger-Gateau P, Ritchie K, Alpérovitch A, Amouyel P, Ducimetière P, Zureik M. Tea consumption is inversely associated with carotid plaques in women. Arteriosclerosis  Thrombosis and  Vascular Biology 2008; 28:353-359.

. Féart C, Samieri C, Rondeau V, Amiéva H, Portet F, Dartigues JF, Scarmeas N, Barberger-Gateau P. Adherence to the Mediterranean Diet, Cognitive Decline and Risk of Dementia. JAMA, 2009; 302:638-48