The Three-City Study

   

      L’étude 3C s’est penchée sur les habitudes des participants en terme de prise de médicaments. Au début du suivi, chaque participant consommait, en moyenne, 4 médicaments différents par jour, et 15% de la cohorte prenait quotidiennement au moins 8 médicaments. Les médicaments les plus consommés étaient les médicaments cardiovasculaires : une personne sur deux prenait un hypotenseur ou un autre médicament cardiovasculaire. Les hypolipidémiants (traitement de l’hypercholestérolémie) étaient aussi très utilisés (30% des participants).  Enfin, comme l’ensemble de la population française, les participants à l’étude 3C étaient de grands consommateurs de médicaments dits psychotropes (somnifères, anxiolytiques, antidépresseurs, etc.) : 30% d’entre eux absorbaient chaque jour au moins l’un de ces médicaments.

Des recommandations non respectées

 

      Parallèlement à leurs effets bénéfiques sur les symptômes ou les causes des maladies, tous les médicaments peuvent avoir des effets indésirables. Ces effets indésirables sont accrus dans certaines circonstances. Ainsi, leur fréquence et leur sévérité augmentent avec l’âge du malade, en raison des modifications physiologiques et des pathologies associées au vieillissement. La prise simultanée de plusieurs médicaments augmente aussi le risque d’effets indésirables. Pour réduire ce risque, des pharmacologues et des gériatres ont donc établi une liste de médicaments qu’il est déconseillé de prescrire, ou de prescrire à doses trop fortes, à des personnes âgées.

 

      Parmi les travaux concernant la consommation de médicaments dans l’étude 3C, plusieurs ont porté sur la consommation de ces médicaments inappropriés pour les personnes âgées. Première observation, les chercheurs de 3C ont constaté qu’elle constituait un problème important au sein de la cohorte. Globalement, un participant sur cinq prenait des médicaments déconseillés pour une personne de plus de 65 ans. Et cette proportion augmentait avec l’âge – 30% après 80 ans – et était plus élevée chez les femmes.

 

      Seconde constatation : la consommation de médicaments inappropriés peut effectivement avoir des conséquences négatives. En effet, les chercheurs ont montré que cette consommation, et plus spécialement celle d’une catégorie particulière de médicaments psychotropes contenant certaines benzodiazépines (celles dont l’élimination par l’organisme est lente), est associée à une augmentation du risque de chute. Par ailleurs, ils ont observé que la prise de médicaments anticholinergiques (pouvant être prescrits, par exemple, dans la maladie de Parkinson ou dans certains troubles digestifs) pouvait avoir un effet négatif sur la cognition.

 

À la fois trop et pas assez d’antidépresseurs   

      L’utilisation des antidépresseurs a été aussi analysée de manière approfondie. La consommation d’antidépresseurs, en France comme dans d’autres pays, est paradoxale. Alors que certaines personnes prennent chroniquement, pendant des années, des antidépresseurs - et ce en désaccord avec les recommandations stipulant qu’en moyenne le traitement ne devrait pas dépasser quelques mois -,  de nombreuses personnes déprimées ne sont pas traitées. Ce même constat a été dressé dans la cohorte 3C. Parmi les participants qui n’avaient aucun symptôme dépressif au début de l’étude, 5% prenaient un antidépresseur. D’un autre côté, seulement un tiers des personnes ayant un syndrome dépressif prenait un antidépresseur. Le suivi a montré que deux tiers des participants sous antidépresseur à l’entrée dans l’étude en prenaient encore deux ans plus tard, quelle que soit l’évolution de leurs symptômes dépressifs. Ce résultat confirme que certaines personnes âgées ont une consommation chronique d’antidépresseurs, ce qui les expose aux effets secondaires, en particulier cognitifs, de l’utilisation prolongée de certains antidépresseurs. Les informations fournies par 3C suggèrent aussi que la dépression dans la population âgée est sous diagnostiquée et insuffisamment traitée, constat en accord avec celui fait dans d’autres enquêtes. 

 

Le traitement hormonal substitutif dans 3C : aucun résultat marquant

 

      Le traitement hormonal substitutif de la ménopause a fait l’objet de nombreuses controverses. Il est bien établi que ce traitement a des effets positifs sur les troubles survenant à la ménopause (bouffées de chaleur en particulier) et que, d’un autre côté, une utilisation prolongée augmente le risque de cancer du sein. D’autres études, en particulier des essais thérapeutiques contrôlés,  suggèrent que le traitement hormonal substitutif pourrait être associé à une augmentation du risque vasculaire. Sur la base de ces études, en France, la Haute Autorité de Santé recommande que le traitement hormonal substitutif soit pris pendant la durée la plus courte possible et à la dose la plus faible possible. 

Les relations entre la prise d’un traitement hormonal substitutif et l’état de santé ont été examinées dans 3C. Ces études n’ont mis en évidence aucun effet majeur – ni positif, ni négatif - de ce traitement.

 

 

Les résultats résumés dans ce paragraphe sont décrits dans les publications suivantes :

Lechevallier-Michel N, Gautier-Bertrand M, Alpérovitch A, Berr C, Belmin J, Legrain S, Saint-Jean O, Tavernier B, Dartigues JF, Fourrier-Régalat A. Frequency and risk factors of potentially inappropriate medication use in a French community-dwelling elderly population: Results from the 3C Study. Eur J Clin Pharmacol 2005; 60:813-819.

Soudry A, Dufouil C, Ritchie K, Dartigues JF, Tzourio C, Alpérovitch A. Factors associated with change in antidepressant use in a community-dwelling elderly cohort. Eur J Clin Pharmacol 2008; 64:51-59.

Soudry A, Dufouil C, Ritchie K, Dartigues JF, Tzourio C, Alpérovitch A. Factors associated with antidepressant use in depressed and non depressed community-dwelling elderly. Int J Geriatr Psychiatry

Dupuy AM, Carrière I, Scali J, Cristol JP, Ritchie K, Dartigues JF, Gambert P, Ancelin ML. Lipid levels and cardiovascular risk in elderly women:a general population study of the effects of hormonal treatment and lipid-lowering agents. Climacteric 2008; 11:74-83.

Carrière I., Fourrier-Reglat A., Dartigues J-F, Rouaud O., Pasquier F., Ritchie K. and Ancelin M.L. Drugs with anticholinergic properties, cognitive decline and dementia in an elderly general population (The Three City Study). Arch Intern Med 2009; 169:1317-24

Berdot S, Bertrand M, Dartigues JF, Fourrier A, Tavernier B, Ritchie K, Alpérovitch A . Inappropriate medication use and risk of falls – A prospective study in a large community-dwelling elderly cohort. BMC Geriatr. 2009; 9: 30.

Ryan J, Carrière I, Scali J, Dartigues JF, Tzourio C, Ritchie K, Ancelin ML. Characteristics of hormone therapy and the association with cognitive function and dementia: the prospective Three City Study. Neurology 2009; 73:1729-37
2008; 23: 324-30.