The Three-City Study

   

      L’hypertension artérielle et le diabète sont deux pathologies qui doivent être surveillées attentivement chez les personnes âgées. Toutes deux ont un lien avec l’athérosclérose, une maladie de la paroi des artères aux complications multiples (elle augmente le risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance rénale). De plus, le diabète est responsable de maladies oculaires pouvant entraîner la cécité. Des moyens efficaces pour prévenir et traiter ces pathologies existent. La prévention passe par une activité physique régulière et un régime alimentaire approprié, qui  ont un impact sur la pression artérielle, le poids,  la glycémie (taux de sucre dans le sang) et le cœur.  Et si la maladie est déjà là, il existe des médicaments efficaces pour la soigner et en éviter les complications. Conclusion : il faut détecter l’hypertension artérielle ou l’hyperglycémie (taux de sucre dans le sang élevé)  et contrôler ces anomalies avant qu’elles retentissent sur le cœur, le cerveau, le rein, et autres organes.

L’étude 3C a montré qu’il reste, dans ce domaine, beaucoup de progrès à faire : l’hypertension artérielle et le diabète sont encore insuffisamment contrôlés.

 

Des hypertendus qui s’ignorent ou dont la pression artérielle reste trop élevée


      L’étude 3C a d’abord confirmé la très grande fréquence de l’hypertension artérielle chez les personnes de plus de 65 ans. A l’examen d’entrée dans l’étude, près des deux tiers (62%) des participants avaient une hypertension artérielle. Parmi les personnes hypertendues, 1 sur 5 (20%) ignorait qu’elle avait une pression artérielle élevée et n’était donc pas traitée.  Parmi les personnes traitées, la moitié environ avait une pression artérielle supérieure aux seuils recommandés.

 

      Deux commentaires sur ces résultats. Les seuils à partir desquels on considère qu’une personne a une pression artérielle élevée sont, selon les recommandations internationales actuelles, de 140mm Hg pour la phase de contraction du cœur (pression systolique) et 90mm Hg pour la phase de relâchement du cœur (pression diastolique). La pression artérielle des personnes traitées peut être au dessus de ses seuils pour différentes raisons : traitement insuffisant (il faut parfois prendre deux ou trois médicaments pour normaliser la pression artérielle), mauvaise observance (le patient ne prend pas ses médicaments régulièrement,) ou, parfois, par l’effet ‘blouse blanche’ (le stress de la consultation médicale entraine une augmentation de la pression artérielle).

 

Des diabétiques qui s’ignorent ou dont le régime est inapproprié

 

      Même constat en ce qui concerne le diabète. Près de 10% des participants étaient diabétiques lors du lancement de l’étude, c'est-à-dire prenaient un traitement antidiabétique ou avaient une glycémie trop élevée (supérieure ou égale à 7 mmol/L).  Comme pour l’hypertension artérielle, parmi les personnes diabétiques, 15 sur 100 ne savaient pas qu’elles avaient une glycémie trop élevée ! Par ailleurs, l’enquête sur la nutrition effectuée par le centre 3C-Bordeaux a permis de montrer que les habitudes alimentaires des personnes diabétiques étaient loin de correspondre aux recommandations : environ les deux tiers consommaient trop peu de carbohydrates (présents dans les céréales, les légumes et les fruits) et trop d’acides gras insaturés.

 

Plus impliquer le patient dans la surveillance de sa maladie

 

      Comme d’autres études, 3C a donc mis en relief que la prise en charge de l’hypertension artérielle et du diabète, - facteurs qui augmentent le risque de pathologies graves (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, insuffisance rénale, etc.) -, était perfectible. En outre, il n’est pas rare qu’hypertension artérielle et diabète soient associés, en particulier chez des personnes en surpoids.

 

      Comment améliorer cet état de fait ? L’un des moyens possibles est d’impliquer plus fortement chaque personne dans sa propre prise en charge. Pour l’hypertension artérielle, l’utilisation régulière d’un appareil d’auto-mesure de la pression artérielle peut y contribuer. Dans cette perspective, un essai dont l’objectif est d’évaluer l’intérêt de l’utilisation régulière d’un appareil d’auto-mesure est actuellement en cours dans le centre 3C de Dijon. Nous saurons bientôt si les personnes qui ont utilisé cet appareil ont, au terme de l’essai, une pression artérielle plus basse que celles n’ayant pas fait d’auto-mesure de leur pression artérielle.

 

      Concernant l’hypertension artérielle, l’étude 3C a mis aussi en évidence un phénomène intriguant : la pression artérielle est plus élevée en hiver qu’en été. Inversement, les pressions artérielles les plus basses mesurées dans l’étude 3C correspondent à la période de canicule d’août 2003. Ce phénomène physiologique, qui a de multiples explications, a des implications pratiques. Pendant les vagues de froid, les personnes hypertendues doivent être particulièrement attentives à prendre soigneusement les traitements hypotenseurs qui leur ont été prescrits.

 

 

Les résultats résumés dans ce paragraphe ont été décrits en détail dans les publications suivantes :

Brindel P, Hanon O,  Dartigues JF, Ritchie K, Lacombe JM, Alpérovitch A, Tzourio C for the 3C Study investigators. Prevalence, awareness, treatment and control of hypertension in the elderly -The Three-City Study. J Hypertension 2006; 24:51-58.

Bourdel-Marchasson I, Helmer C, Barberger-Gateau P, Peuchant E, Février B, Ritchie K, Dartigues JF. Characteristics of undiagnosed diabetes in community dwelling French elderly: The 3C study. Diabetes Research and Clinical Practice 2007; 76:257-264.

Helmer C, Bricout H, Gin H, Barberger-Gateau P. Macronutrient intake and discrepancy with nutritional recommendations in a group of elderly diabetic subjects. Br J Nutr. 2008; 99:632-638.

Alpérovitch A, Lacombe JM, Hanon O, Dartigues JF, Ritchie K, Ducimetière P, Tzourio C. Relation of blood pressure and outdoor temperature in large sample of elderly individuals. Archives of Internal Medecine
2009; 169:75-80